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Hommage

 Décès d'Edmund Hillary, le vainqueur de l'Everest

Edmund Hillary, agé de 88 ans,  est mort ce matin (vendredi 11 janvier 2008). Il a été, avec son compagnon Tenzing Norgay, le premier homme à atteindre le sommet de l'Everest, 8848 mètres, le 29 mai 1953.

L'EverestBenoît Heimermann, dans son livre « L’Everest », dresse le portrait de cet homme qui marqua l’histoire de l’alpinisme.

Lorsqu’il reçoit dans sa maison de bois blanc, Edmund Hillary s’assied toujours dans le même fauteuil devant la baie immense qui, comme celle d’Auckland qu’elle domine, est baignée de lumière et de vent. Sa tenue – pantalon de velours, bretelles de bûcheron, chemise à gros carreaux – ne varie pas plus que son attitude. À toute heure, ses cheveux sont indisciplinés, ses mains jointes et son rire – tonitruant, gargantuesque ! – sans cesse appelé à la rescousse afin de relativiser ses vues ou son propos. Il fait bon entendre la pythie de tous les alpinistes, celui dont le nom figure sans manière dans l’annuaire téléphonique et qui, malgré les sollicitations et les requêtes, s’efforce de tenir toujours porte ouverte.

À 85 ans, le vainqueur de l’Everest respire la félicité. Il ne se plaint pas, ne se lasse pas et, sans que cela ne lui coûte, il rend et partage ce que la vie lui a – c’est lui qui parle – « si gentiment » offert, un beau jour de mai 1953, il y a cinquante ans.
Ed Hillary n’a eu de cesse, sa vie durant, et aujourd’hui encore, d’utiliser sa notoriété pour le bien du plus grand nombre. L’intéressé précise : « Je ne cherche pas une place au paradis. Il me paraît simplement normal d’échanger et de comprendre. » Et insiste : « D’emblée mes parents m’ont appris qu’il existait toujours plus démuni que soi et que rétrocéder un peu de ses avantages était, en quelque sorte, inscrit dans l’ordre du monde. »
Après son exploit premier, le bon Ed a goûté une vie aventureuse plus qu’enviable. Il a chassé le crocodile aux îles Salomon, pêché le saumon géant en Alaska, descendu la Green River en radeau, remonté le Gange en bateau à turbine, piloté un antique bimoteur au-dessus des Fiji, rallié le pôle Sud au volant d’un tracteur Fergusson, pisté le yéti sur les flancs du Makalu, mais il a surtout, audace suprême, performance majuscule, aidé des cohortes entières de démunis et de nécessiteux.

Benoît Heimermann raconte son exploit du 29 mai 1953, avec son compagnon Tenzing Norgay:

Au printemps 1953, Katmandou la moyenâgeuse voit débarquer le contingent britannique d’un œil curieux. Des caisses par centaines, quinze tonnes de matériel au total et même une automobile transportée en pièces détachées, à dos d’homme, depuis la frontière indienne. Pour parcourir les deux cent quarante kilomètres qui séparent la capitale népalaise du camp de base, Hunt a recruté trois cent cinquante porteurs dont deux limiteront leur charge aux seules pièces de monnaie chargées de rétribuer, chemin faisant, tous les membres de la colonne !
Les tentes ont été étudiées en soufflerie, les chaussures dotées de semelles microcellulaires et les surpantalons cousus dans une chaîne de coton spécialement étudiée. Partout, l’innovation prime. Les promoteurs du projet n’ont-ils pas été jusqu’à envisager un pipeline d’oxygène, des combinaisons pressurisées et des parachutages d’équipement divers ?

Le recrutement des hommes n’a rien à envier à ces folles intentions. Les candidatures affluent par milliers. Chris Brasher, champion olympique de course à pied, et même le glorieux Emil Zatopek se portent candidats. Plus sérieusement, Hunt rameute la crème de l’escalade britannique, un directeur d’école, un officier de la brigade des Gourkhas, un étudiant de Cambridge (et donc un autre d’Oxford) et les deux Néo-Zélandais de service (Hillary et Lowe) finalement intégrés, eu égard à leurs excellentes connaissances de la glace et des lieux en général.

Dans la tête de Hunt, les dix fers de lance finalement sélectionnés possèdent les capacités de gagner éventuellement le sommet de l’Everest, mais Tom Bourdillon et Charles Evans, plus encore qu’il a désignés comme « sommiters » prioritaires. Le premier, digne d’un troisième ligne, est physicien ; le second, un chirurgien à peine moins impressionnant. Deux purs Anglais, deux parfaits exemples dignes d’être montrés dans les écoles. Mais qui, pour leur malheur, échouent, le 26 mai, à 258 mètres du but !
Lorsqu’ils reviennent au col Sud, les deux géants ont des gestes de vieillards. Ils n’ont même plus la force de saisir leur moque de thé ni d’expliquer leur détresse.

Hunt est saisi d’effroi. Sa marge de manœuvre s’est encore réduite : la mousson approche et avec elle la perspective d’un échec incommensurable.
Va donc pour Hillary et Tenzing ! Pour l’apiculteur et le Sherpa ! Qui sont, indéniable vérité, les plus costauds du lot.
L’inusable porteur, en particulier, semble fait d’un autre bois. Avec Hillary, précisément, il s’est payé le luxe d’un aller-retour camp base-camp II en vingt-quatre heures ! Sur le chemin du retour, dans cette satanée cascade de glace, où les blocs disjoints dépassent la taille d’un immeuble, Hillary a plongé malgré lui dans une crevasse. Réflexe miracle, réaction instantanée : Tenzing a plaqué son piolet et évité, à son compagnon, d’autres désagréments.
Un geste fédérateur. Qui augure une collaboration sans faille et une amitié sans nuage.

La nuit du 27 au 28, le tandem la passe au col Sud. Lowe, Gregory et Hunt sont en soutien, mais les autres Sherpas, à bout, ont plongé vers le bas. Tant bien que mal, le Primus réchauffe quelques cristaux de jus de citron. À 10 heures, le lendemain, les versions glacées de Don Quichotte et Sancho Pança se mettent en route. Tenzing porte 22 kg, Hillary, 28 ! Le camp d’arête (le n° IX), déjà visité par Bourdillon et Evans, est atteint en début d’après-midi et la tente montée sur deux banquettes de neige disjointes larges de quinze centimètres. Un potage au poulet, deux sardines solidifiées et trois abricots séchés accompagnent une nouvelle nuit insupportable.
Le matin, le temps ne dit rien qui vaille.
Hillary à Tenzing : « Qu’est-ce que tu en penses ? On y va ? »
Tenzing à Hillary : « Comme tu veux… ».
L’ancien gringalet dont les copains d’enfance moquaient la maigreur et la timidité veut ! C’est lui, Hillary, qui taille les premières marches dans la neige pulvérulente, négocie le fameux ressaut de douze mètres, ultime difficulté de l’ascension, désormais baptisée de son nom, et poursuit la trace de plus belle. C’est lui encore qui enfouit au sommet le petit crucifix que Hunt lui a confié, se libère de son masque comme un défi supplémentaire, et imprime dans la chambre de son Kodak 118, le panorama alentour.
Et c’est lui aussi qui choisit d’associer - à part égale - Tenzing à son exploit, l’immortalise un piolet à la main et attribue cette conquête au peuple qui, depuis la nuit des temps, vénère avec respect la déesse de pierre.


L’œuvre d’Edmund Hillary

Depuis 1962, le vainqueur de l’Everest consacre une bonne partie de son temps à rassembler des fonds pour aider au développement de la vallée du Khumbu (écoles, cliniques, hôpitaux, etc.). C’est aux Etats-Unis et au Canada qu’il recueille ses dons les plus importants, mais différentes antennes en Nouvelle-Zélande, Allemagne ou Angleterre ont aussi largement contribué à pérenniser son initiative. L’Himalayan Trust est désormais, (depuis avril 2002) dirigé par Ang Rita, un ancien élève de la première école Hillary.
Site Internet : www.himalayan-trust.org.
Contact : angrita@mos.com.np.
Adresse à Londres : Himalayan Trust, c/o George Lowe, Lowecroft, Plains Lane, Blackbrook, Belper, Derby, DE562 DD, Angleterre.

L'Everest. Benoît Heimermann.


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