Nos livres dans les médias
Le routeur des cimes
Yan Giezendanner, troisième de cordée
D'abord, l'hélicoptère. Puis le téléphone portable. Enfin, la prévision météo sur mesure. Trois révolutions qui ont réduit le champ des incertitudes en montagne en un demi-siècle. Et sauvé des vies.
Yan Giezendanner est le pionnier de cette troisième mutation. Prévisionniste à Météo France Chamonix, ce voyageur immobile, cloué dans une chaise par une sclérose en plaques, est devenu le routeur des alpinistes qui s'inspirent de leurs cousins navigateurs. Il prévoit les humeurs de l'atmosphère en lisant dans les cartes que des logiciels compliqués remettent à jour.
D'une descente de coupe du monde de ski aux confins d'une vallée des Andes, le prévionniste livre du cousu main localisé et ose des oracles sur de longues périodes.
"A 8000 km de l'Everest, ce pronostiqueur de nuages distille des prévisions étonnantes de justesse et de précision. Mais comment fait-il?" s'étonnait la journaliste de France 3, Françoise Guais.
Tous deux viennent de cosigner un ouvrage sur ce phénomène. Si on l'appelle le troisième de cordée, c'est extraordinaire confiance le rattache aux grimpeurs. "Je suis l'interface entre la machine et l'alpiniste. Je prends le risque de lui faire réussir ou rater le sommet, voire de l'envoyer à la mort". C'est en suivant ses prévisions que sur une montagne lointaine s'échafaude une stratégie d'ascension. "Le routeur supplante les décisions de l'alpiniste qui doit savoir renoncer et assurer sa survie. Je ne suis pas le dieu de la montagne. Je participe à une activité dangereuse, mais je n'accepterai jamais qu'on meure à ce jeu-là, un bout de caillou ne le mérite pas".
Ses prévisions optimales n'ont pas empêché les plus grands de se tuer. Car en altitude, la mort ne le signale pas toujours par les signes du ciel. Le routage est un outil supplémentaire. Pas une assurance tous risques. Le guide Anselme Baud a trouvé la formule juste : "C'est un peu comme les pneus neige pour la voiture ou les chaussons en escalade : ça peut passer sans, mais c'est tellement plus confortable avec".
Antoine Chandellier. Le Dauphiné Libéré Vendredi 17 août 2007
Le troisième homme
Dans le monde de l'alpinisme de haut niveau, Yan Giezendanner, "routeur" météo, est devenu le troisième homme de la cordée. Avec l'alpiniste Patrick Berhault, Yan partageait plus que la complicité du risque. Dans Le Routeur des cimes, l'homme de l'ombre raconte les coulisses.
Alpes Magazine n°106.
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L'homme qui gravit l'Everest dans un fauteuil roulant
Tribune de Genève. Lundi 23 juillet 2007.
Yan Giezendanner, célèbre routeur d'alpinistes, explique sa méthode de travail dans un livre. Passionnant.
"J'ai réussi l'Everest au moins une vingtaine de fois." Le propos peut paraître prétentieux quand on sait qu'il est tenu par un homme cloué dans un fauteuil à cause d'une sclérose en plaques. C'est mal connaître Yan Giezendanner, ce Saint-Gallois d'origine et Chamoniard d'adoption devenu le météorologue favori des alpinistes. L'homme est humble, comme la plupart des montagnards, auxquels il fournit des prévisions du temps sur mesure.
Pour la première fois, Yan Giezendanner raconte, dans un livre (Le routeur des cimes), sa méthode de travail mais aussi les relations qu'il entretient avec les alpinistes, les succès et les drames. "Les montagnards ne sont pas des littéraires. Je voulais un ouvrage précis, allant à l'essentiel, facile à lire", explique-t-il. D'où le choix du livre d'entretien mis en forme par notre consœur de France 3 Alpes Françoise Guais. Le résultat est probant. Le routeur des cimes se dévore d'un trait.
Un recul nécessaire
Yan Giezendanner raconte ses premiers routages dans les Alpes dans les années 80, la révolution de l'arrivée simultanée d'Internet et des téléphones satellitaires, qui lui permettent d'être un compagnon de cordée invisible à des milliers de kilomètres de distance. "Etant éloigné géographiquement, j'ai davantage de recul et de détachement pour prendre une décision sur l'opportunité de partir à l'assaut d'un sommet."
Yan Giezendanner se définit comme l'interface entre la machine, qui fournit les données pour établir une prévision, et l'alpiniste. "Je prends le risque de lui faire réussir ou rater le sommet, voire de l'envoyer à la mort..."
Vivre avec les drames
Le routeur porte un regard sans complaisance. "Pour moi, les alpinistes cherchent à prouver qu'ils sont vivants en côtoyant la mort." Il sait de quoi il parle : "Depuis une trentaine d'années à Chamonix, j'ai plus de copains ou d'amis disparus que vivants..." Les drames, Yan Giezendanner ne les occulte pas dans son livre. Notamment la mort de son grand complice Patrick Berhault et celle de Jean-Christophe Lafaille, en janvier dernier, alors qu'il tentait la première hivernale du Makalu. On y apprend que Lafaille est parti trop tard pour l'assaut en raison d'une trop bonne nuit et d'un mauvais réglage de montre.
A chaque fois, Yan Giezendanner se pose des questions sur sa responsabilité. Avec pour consolation, la certitude qu'aucun alpiniste n'est mort suite à une prévision erronée qu'il aurait faite et, qu'au contraire, il a sauvé de nombreuses vies grâce à ses conseils. "Mais je suis clairvoyant. Je sais que ce boulot me conduira à d'autres enterrements..."
Michel EGGS.
Yan Giezendanner, le routeur des cimes.
"Je ressens un plaisir intense lorsqu'un alpiniste m'appelle du sommet de l'Everest et que je l'entends, essoufflé, me dire qu'il pense à moi. Mais le jour où un alpiniste mourra parce que ma prévision n'était pas bonne, j'arrêterai."
Lucien Fortunati