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 L'opération Tara-Arctique

Couverture TaraTara dans les glaces de l'Arctique

Le 3 septembre 2006, Tara se laissait volontairement prendre dans les glaces de l’Arctique. Sa dérive devrait durer 2 ans. À son bord, 45 laboratoires vont se relayer pour étudier les risques liés au réchauffement climatique de la planète.






Il y a 100 ans, le Norvégien Nanssen démontrait que l’Arctique n’était pas un continent mais une mer glacée. Selon lui, en confiant son bateau à la banquise, celui-ci devrait normalement rejoindre le pôle. Il tenta cette expérience en se laissant dériver sur son « Fram » pendant 2 ans. Mais il ne passera qu’à 700 kilomètres du pôle.

Le FramL'équipage du Fram

Le Dr Jean-Louis Etienne voulait revivre cette aventure. Et en 1989, il fit construire Tara : 36 mètres de long, 11 mètres de large et une coque arrondie pour échapper aux mâchoires de l’Arctique. Une goélette conçue pour se laisser porter, flotter et emporter par les courants qui parcourent la calotte polaire.

D’après les calculs sur le grand courant transpolaire est-ouest venant de Béring, Tara se laissera dériver pendant deux ans sur 1800 kilomètres, passant en plein sur le pôle, avant d’être repoussé vers les rivages du Groenland.
À son bord, un équipage fixe de huit hommes : un Néo-Zélandais, Grant Redvers, chef d’équipage, cinq Français, deux Russes et deux chiens dressés à déceler la présence d’ours polaire. Avec eux, 9 tonnes de nourriture, 50 tonnes de fuel pour le chauffage et le groupe électrogène. Une éolienne de 5 mètres de haut placée sur le mât assurera de quoi alimenter la vie du bateau pour les transmissions et le treuil qui doit plonger un câble de 4000 mètres à travers la glace pour les mesures scientifiques au fond de l’océan. Des panneaux solaires sont prévus dès l’apparition du jour arctique qui durera alors vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Aux dernières nouvelles, après 13 jours de dérive et 70 kilomètres parcourus, la glace s’est brisée après une tempête. L’équipage a dû rembarquer tout le campement. Et Tara a navigué quelques heures avant d’être à nouveau saisi par les glaces.


Le projet

La quatrième Année Polaire Internationale, qui se déroulera du 1er mars 2007 au 1er mars 2008, est une formidable opportunité pour fédérer la communauté scientifique autour d'un même objectif : approfondir nos connaissances sur ces environnements extrêmes, en dresser un état des lieux afin de mieux cerner l'évolution futur de cet écosystème méconnu.

Face à la fonte de la banquise, les scientifiques se mobilisent pour trouver les moyens de développer un monitoring complet de l'Arctique. Financé par la communauté européenne à hauteur de 16 millions d'euros sur quatre ans, le programme Damocles est très ambitieux et demande une logistique gigantesque. "Du jamais vu, précise
Jean-Claude Gascard, son coordinateur. 45 partenaires, publics ou privés, venus de douze pays sont impliqués dans ce programme qui utilise tout ce que la haute technologie peut apporter pour observer, modéliser, analyser les évènements et apprendre à prédire les impacts d'une façon précise. Nos observations depuis l'espace et le terrain vont permettre une auscultation inédite. Nous allons étudier l'atmosphère, l'océan, la glace et leurs interactions de façon coordonnée et synchrone pendant plusieurs années. Plus de 2500 personnes travailleront pendant quatre ans, plus d'une centaine de scientifiques sont impliqués dans le programme dont près d'un tiers ira sur le terrain."

Même s'ils en recoivent régulièrement des images par satellite, les scientifiques, avaient jusque-là une vision de l'Arctique assez fragmentaire, qui était fondée sur des missions uniquement estivales menées à l'aide de brise-glace et donc extrêmement coûteuses. La période gel-dégel, cruciale dans la compréhension des mécanisme de l'océan Arctique, n'était quasiment jamais observée.

Pour toutes les missions dans l'Arctique, le problème essentiel est de trouver des bases de vie à partir desquelles peuvent être organisées la mise en place et la maintenance de l'instrumentalisation scientifique.
Aux côtés des stations temporaires, le voilier polaire conçu pour la dérive arctique s'est présenté comme une évidence. Il a été choisi et sera la seule base habitée sans interruption pendant deux ans, au fil d'une longue dérive dans le courant transpolaire.

base scientifique autour de TaraLa science a maintenant besoin de Tara au coeur de la banquise : il devra, entre autres missions, veiller sur le matériel scientifique du programme Damocles, qui mettra en place une quinzaine de stations automatiques réparties sur l'océan de glace.






Ces balises, équipées d'une instrumentation de très haute technologie, permettront d'enregistrer une multitude de données sur l'eau, la glace et l'atmosphère. Ces données seront transmises automatiquement en temps réel aux différents laboratoires via le système Argos. Lourdes de 500 kg chacune, elles seront acheminées dans le grand Nord à bord d'un brise-glace, puis déployées par hélicoptère. Commencera alors la double mission de Tara. D'abord le voilier sera lui-même une station, avec les instruments installés à ses côtés sur la glace et un scientifique pour les piloter. Parallèlement, il sera l'indispensable point de ravitaillement pour assurer la maintenance. Un dépôt de carburant lui sera confié, indispensable aux hélicoptères venus de la terre ferme, qui, sans ce point de rendez-vous, n'auraient ni l'autonomie ni les conditions de sécurité nécessaires pour leurs rotations au coeur de l'Arctique. La présence du bateau figé dans les glaces assurera donc une veille permanente, un rôle capital au vu de la quantité de moyens déployés.

À bord de Tara, la vie sera intense. Parallèlement à sa mission avec Damocles, il accueillera un bon nombre d'opérations de communication et de sensibilisation de l'Année Polaire Internationale. Il accueillera aussi des artistes, des enfants, des leaders d'opinion. "Il faut aussi aller sur le terrain pour comprendre combien cet univers est unique, combien il est fragile, combien il est important. Avec Tara, cette mission sera aussi une base d'expérimentation de nouvelles énergies : éoliennes, solaires, piles à combustibles apporteront l'énergie pour perdre le contact avec le reste du monde, l'équipage pourra suivre pleinement les "derniers jours de la banquise".

Il y a vingt ans que Tara attendait ce moment, le temps que sa mission prenne du sens. L'ensemble du programme autour du voilier polaire Tara a été baptisé Tara-Arctique 2007-2008.


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