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Marco Siffredi, sa vie, son œuvre...
La biographie de Marco Siffredi pourrait être simplement la vie intense et belle d'un jeune surfeur doué, né au pied du Mont-Blanc. À vingt-trois ans, il a dévalé toutes les faces nord, skaté les rues en pentes, gravi trois " 8000 ", surfé l'Everest par le couloir Norton, avec jubilation. Il a la fièvre et le lecteur, des fourmis dans les jambes. Cela suffirait à faire une belle biographie.Mais l'histoire de Marco Siffredi est bien plus que cela. Cet enfant-terrible, devenu alpiniste et Himalayiste, " juste pour le plaisir de descendre " n'a renoncé à aucun de ses rêves. Il a défié la " gravité ", de la physique et des hommes avec la même grâce, fait passer sur le monde de la montagne un grand coup d'air frais. Il restera l'emblème d'une génération.
Marco Siffredi
1979-2002
Carte de visite...
Marco Siffredi est né le 22 mai 1979. Il est originaire de Chamonix. Son frère aîné est décédé alors qu'il avait 2 ans, dans une avalanche.
De formation manuelle, c'est ailleurs que Marco s'éclate et fait sa voie. Les pentes qui l'entourent et le narguent ne seront bientôt plus vierges ! Et c'est en surf qu'il réalisera un nombre imposant de descentes en pentes raides, ainsi que des premières...
La consécration : Marco Siffredi réalise la première descente en snowboard du Nant Blanc, au Mont-Blanc. Il a vingt ans ! Les Chamoniards lancent un regard différent sur ce jeune à la tête doré... La première descente avait été faite en ski par Jean-Marc Boivin, quelques dix années plus tôt!
Mai 2001, Marco Siffredi devient le premier chamoniard à fouler le toit du monde mais aussi le premier à le descendre en snowboard... ç'en impose, n'est-ce pas ! Un an plus tard, le 8 septembre 2002, Marco foule une seconde fois le sommet de l'Everest. Il s'engage cette fois-ci dans le couloir Horhbein dont il ne reviendra malheureusement pas. Charlie Buffet raconte :
" Sans sponsor, il avait payé de sa poche les 45 000 euro de l'expédition, avec ses économies. Il avait dans son sac une corde de 120 mètres, pour passer en rappel les passages inskiables. Bertrand Delapierre imagine que c'est dans un rappel que la belle histoire a basculé. "Nous avons fait ensemble des choses beaucoup plus raides dans les Alpes, et il a dû avoir une super bonne neige, bien meilleure que l'an passé, où il avait descendu le couloir Norton sur de la tôle. Je ne peux pas imaginer qu'il ait fait une faute technique. Il avait un toucher de neige extraordinaire." Que s'est-il passé ce dimanche-là sur l'Everest ? Une erreur d'itinéraire dans les pentes sommitales parsemées de petites barres rocheuses ? L'épuisement ? Les effets abrutissants de l'altitude et du manque d'oxygène ? "On ne saura sans doute jamais, tranche Bertrand Delapierre, soudain abattu. Laissons-le tranquille." Dans une de ses rares interviews, Marco Siffredi avait dit : "Si on ne fait pas des choses folles à 20 ans, ce n'est pas à 50 qu'on va s'y mettre [...] .
Le Monde du 13 septembre 2002 : Marco Siffredi disparaît sur l'Everest.Charlie Buffet.
Petite liste de descentes pour vous donner des idées et des frissons.
Tour Ronde, couloir Gervasutti
Couloir du col du Diable au Tacul
Aiguille du Midi : couloir de la Passerelle
Aiguille du Midi : couloir Eugster
Aiguille du Midi : voie Mallory-Porter
Petite Aiguille Verte : couloir Chevalier
Petite Aiguille Verte : face Nord
Les Courtes : pente Nord-Est
Aiguille d'Argentière : couloir en Y
Col du Tacul, glacier du Capucin
Mont-Blanc, corridor de la Brenva
Mont-Blanc du Tacul, couloir Jager
Mont-Blanc du Tacul, voie Contamine Negri
Col du Plan, face Nord
Mont Maudit, face Nord
Mont-Blanc du Tacul, voie Contamine-Mazeaud
Mont-Blanc du tacul, couloir Gervasutti
Couloir Ouest de la brèche du Cardinal
Couloir de la brèche Moine-Evêque
Les courtes, couloir Sud.
Quelques premières :
Mont Blanc du Tacul, face Nord intégrale.
Chardonnet, face Nord.
Couloir Ouest des Aiguillettes du Tacul.
Couloir Ouest du Col du Diable.
Tocllaraju (6034 m), arête Sud.
Aiguille de l'Epena (3421 m), couloir Sud-Ouest.
Mont Maudit, face Sud, voie diagonale.
Mont-Blanc du Tacul, face Est, couloir de l'Isolée.
Aiguille Verte, versant du Nant Blanc.
Mai 2001 , première descente en surf de l'Everest par le couloir Norton,
Seconde ascension de l'Everest, Marco Siffredi chute alors qu'il descendait le couloir Hornbein, ses traces se perdent à 8500m.
Le dernier saut de l'ange blond par Jacques-Marie Bourget.
Il voulait glisser sur le toit du monde. Il n'en est pas revenu. Marco Siffredi était probablement le plus doué de la nouvelle génération des " surfeurs de l'extrême ". À tout juste 23 ans, il avait déjà dévalé les pentes les plus dangereuses : le versant Nant-Blanc de l'aiguille Verte, le Cho Oyu, et surtout la face nord de l'Everest, en mai 2001, une première en surf. Le 8 septembre, le jeune Chamoniard voulait réaliser son rêve : descendre à nouveau le plus haut sommet du monde, mais cette fois par le couloir du Hornbein, le plus difficile, avec des pentes à 45 degrés où la moindre erreur est fatale. À 14 heures, il s'élance sur son snowboard, à 8 850 mètres d'altitude. Ses sherpas l'attendront longtemps, en vain. Marco est resté prisonnier de son paradis blanc.
Pour lui, il n'y avait pas de descente impossible. Il n'aimait que la diagonale du fou.
" Si on ne fait pas des choses folles à 20 ans, ce n'est pas à 50 qu'on va s'y mettre ", répondait Marco à ceux qui le critiquaient. Malgré ses cheveux platine et ses pantalons baggy, uniforme du bon " rider ", le jeune homme était atypique dans le milieu de la glisse : il rejetait les sponsors, préférant financer les expéditions grâce à ses économies, et refusait de participer aux compétitions car il voulait la montagne pour seul juge, il s'était attiré le respect des alpinistes, d'ordinaire méfiants envers les surfeurs. Mais Marco connaissait les risques : la montagne lui avait pris son frère et son meilleur ami, et lui-même avait failli mourir sous une avalanche, il y a deux ans. " L'exploit, disait-il, c'est d'arriver vivant en bas. "
Il y a trois ans, Jacques-Marie Bourget avait rencontré chez lui le Rimbaud des précipices : " Il m'avait mis mal à l'aise. À 20 ans, adolescent à vie, il se savait déjà mort. Ou plutôt en sursis. On ne fait pas ce métier en pensant à l'avenir."
Les nouvelles de là-bas sont longues à venir, et, quand elles sont mauvaises, elles peuvent prendre leur temps Le 8 septembre, Marco Siffredi a, sur son surf, plongé du haut de l'Everest dans le couloir Hornbein pour atterrir tout droit au Tibet. Le 23 mai 2001, Marco avait déjà dévalé cette montagne, mais par la face nord. Depuis dix jours, personne n'a revu ce surfeur de l'au-delà. Marco est mort.
Il y a trois ans, par un matin de juillet, je l'ai rencontré chez lui, à Chamonix. Bien qu'habitué aux acrobaties mortifères de quelques alpinistes qui ont leur base ici, cette heure passée avec lui m'avait bouleversé. J'étais sûr qu'il allait mourir et ressentais un remords, comme une non-assistance à personne en danger. Rentré à la maison, j'ai pris des notes et écrit des mots prémonitoires, gardés pour moi. Mais que faire quand un jeune homme décide que seule la mort vaut la peine d'être vécue ? Sur le balcon d'un chalet à la façade lisse, face au mont-Blanc, un gamin aux cheveux longs et multicolores, en tee-shirt et bermuda XXL, m'attend goguenard. Et pieds nus. Chanteur allumé, peintre au cerveau satellisé (à la Basquiat), Rimbaud des précipices ? Marco Siffredi est un surfeur qui glisse dans le vide et sur la vague de son temps. Le prototype, l'emblème de la jeunesse sans contrainte, avec pour seul maître le plaisir confondu avec le bonheur.
Marco parle à peine. À 20 ans, il a eu autre chose à faire que se former au langage. Entre potes, on communique par la passion commune, le surf et la musique qui va avec, par des gestes, des éclats de rire, des onomatopées.
Dans la grosse maison familiale, ses parents lui ont concédé une pièce comme on le fait pour un chat hyperactif qui griffe trop les canapés. Marco et son infatigable rire se vautre dans un sofa rouge, fatigué d'être utilisé comme trampoline. Des surfs, des cordes et un attirail de montagne pendent aux murs entre des affiches de The Cure ou AC/DC, un portrait de Jim Morrison.
Après son époustouflant exploit du printemps 1999, la descente en surf du couloir du Nant-Blanc, à l'aiguille Verte, Marco vient d'enchaîner deux sommets d'Himalaya. " Deux 7 500 assez costauds avec des descentes sauvages, longues et solitaires. Où si tu te tords la cheville, tu meurs."
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