Archives
Hommage à Jean-Christophe Lafaille
Accepter que la montagne soit la maîtresse.Jean-Christophe, avec sa célébrité, n’aurait eu aucun mal à trouver un éditeur, pourtant il nous avait choisis. Il était venu en voisin et avec Benoît Heimermann son co-auteur. Nous nous sommes parfaitement entendus.
Le souvenir que nous garderons de lui est celui d’une extrême gentillesse. Comment quelqu’un d’aussi doux et chaleureux pouvait-il avoir choisi comme lieu d’expression un univers aussi dur et aussi froid ? Par exigence tout simplement, une exigence d’artiste, sensibilité. Comme il le dit dans Prisonnier de l’Annapurna : « Quand on aime la montagne, on accepte qu’elle soit la maîtresse des règles ». Je vois dans cette phrase en plus de l’amour, de la galanterie.
« J’ai perdu ma vie par délicatesse » écrivait Rimbaud. C’était peut-être trop de délicatesse d’apprivoiser l’hiver au Makalu, seul, tout seul, dans le froid et le vent de ses 8500 mètres.
Nous nous joignons à la tristesse de sa femme Katia, et de leurs enfants.
Michel Guérin
Après avoir vaincu 11 des 14 sommets de plus de 8000 mètres, Jean-Christophe Lafaille s’est lancé depuis la mi-décembre 2005 dans l’ascension du Makalu (8 481 mètres) en hivernale, en solitaire, sans oxygène et en technique alpine, c’est-à-dire sans équipement préalable de la voie en cordes fixes et échelles et sans camps intermédiaires lourds, avec une trentaine de kilos de matériel jusqu’à 7 400 mètres).
Une première tout à fait dans la lignée de sa conquête du Sishapangma (8046 m), conclue dans de semblables conditions en décembre 2004. Mais cette fois, il est encore plus seul au fin fond de la vallée du Barum, qui, même située à proximité de l’Everest et du Lhoste, est l’une des plus isolées et l’une des plus hostiles du Népal.
Malheureusement, depuis le début de son expédition, les conditions météorologiques sont très difficiles. Le 24 janvier, il profite d’un créneau météorologique favorable, et quitte son camp de base. L’ascension terminale ne devait durer que deux jours. La dernière communication date du jeudi 26 janvier, alors qu’il se trouvait à 7 600 mètres, à la veille de l’assaut final. Il devait gagner le sommet vendredi. Le contact prévu au terme de cette tentative n’a pas eu lieu. Ses proches ont tout d’abord pensé que son silence était dû à une panne technique de transmission. Les batteries de ses appareils étant très basses lors du dernier contact. Mais, les conditions météorologiques font dès ce moment-là craindre le pire : il fait moins trente degrés, et avec ce froid et l’altitude, il est très difficile de se reposer.
Le dimanche 29 janvier, toujours sans nouvelles, Jean Christophe Lafaille est porté disparu.
« À ces altitudes où l’organisme s’épuise à simplement essayer de survivre, le moindre retard prend les couleurs du drame. Jean-Christophe aurait dû redescendre sans tarder et dormir au camp de base samedi matin. De là, il aurait pu appeler grâce au second téléphone satellite qu’il y avait laissé. Au lieu de cela, rien, le silence et sa cruelle signification, si difficile à accepter… »
Extrait de Paris Match n°2959
Un alpiniste hors pair
Lancé à l’assaut des quatorze 8 000 de la dorsale asiatique, Jean-Christophe Lafaille en a déjà gravi onze, la plupart en solitaire ou par des voies nouvelles. Il a déjà réussi en décembre 2004 une hivernale en solitaire et en style alpin au Sishapangma (8 064 mètres), jusque-là jugée impossible. Depuis 1993, Lafaille accumule l’expérience dans un style où la logistique minimale va de pair avec une minutieuse préparation. Une tente de 800 grammes, cinq couches de vêtements dont une dernière et gonflable à l’air doivent lui permettre d’endurer les plus grands froids, le principal ennemi dans les périodes d’inaction (à la veille de la tentative, il devait ainsi rester douze heures quasiment immobile, vers 7 500 mètres).
En 1992, alors qu’il faisait ses débuts dans l’himalayisme avec l’alpiniste Pierre Beghin sur la face sud de l’Annapurna, ce dernier avait fait une chute mortelle à 7000 mètres d’altitude. Laissé seul et sans matériel d’assurage, Jean-Christophe Lafaille avait alors désescaladé la face sud, au cours d’un très long et très pénible chemin qui avait duré cinq jours, réapparaissant au camp de base alors qu’on le donnait pour mort.
Communiqué de Yan Giezendanner (le routeur de Jean-Christophe)
Un hélicoptère a survolé le Makalu, ce matin (heure népalaise) mardi 31 janvier, vers 7000 m, pendant 40/45 minutes en apercevant la tente de Jean-Christophe restée à 7600 m, sans signe, iI faisait grand beau temps.
Jean-Christophe a disparu entre 7600 m et le sommet.
Katia Lafaille part mercredi 1er février pour Katmandou.
Il y aura un vol hélico pour récupérer le matériel le samedi 4 février.
Extrait de Paris Match n°2959
Katia Lafaille
Mercredi 1er février 2006 9:00
Ce 1er février je pars pour le Népal.
Le 4 février, je vais faire une reconnaissance en hélicoptère du Makalu (la même que celle qui a eu lieu hier le 31 janvier). Je guetterai encore les traces de mon mari dans l’immensité de l’Himalaya et lui dirai « Au revoir » au nom de son « pt’it gars » Tom… et de Jérémi.
Je récupèrerai ensuite son équipement au camp de base avant de retourner sur Katmandou.
Merci de l’hommage que vous rendez à Jean-Christophe, un papa, un mari, un alpiniste exceptionnel et irremplaçable.
Il y a 12 autres articles dans cette rubrique :
-
Affaire Lachenal
On se déchire au tribunal sur la conquête de l'Annapurna en 1950. Procès : Les proches des héros de l'alpinisme (Herzog et Lachenal) s'affrontent devant la justice. C'était le 3 juin 1950. Pour ...
[Lire la suite]
-
Yan Giezendanner
Fête des Guides de Pralognan la Vanoise le dimanche 12 août. Yan Giezendanner était l'un des invités de cette fête des guides. C'était aussi l'occasion de rencontrer des lecteurs et dédicacer ...
[Lire la suite]
-
Interview de Reinhold Messner
Les sentiments d'un alpiniste de l'extrême. Interview de Reinhold Messner par Steffen Fliegel et Annette Kämmerer pour la revue " Psychothérapie im dialog ". P. i. D. : Monsieur Messner, merci beaucoup ...
[Lire la suite]
-
Hommage à Marianne Terray
Nous n’oublierons jamais Marianne Terray. Sans elle, « Les Conquérants de l’Inutile » n’existeraient pas dans notre édition illustrée. C’était il y a douze ans, et ce fut le premier ...
[Lire la suite]
-
Interview de Jean-Christophe Lafaille
Interview de Jean-Christophe Lafaille à Chamonix le 10 septembre 2003. Quoi de neuf depuis la fin du livre ? Retour à la maison, vie de famille, après cette belle virée en Himalaya ...
[Lire la suite]
-
Yan Giezendanner et Françoise Guais à St Martin d'Uriage (soirée annulée)
L'histoire de Yannick Giezendanner est l'histoire d'un prévisionniste à Météo France, devenu routeur hors-pair dans le domaine de l'assistance météo. Le « troisième de cordée » des expéditions les plus ...
[Lire la suite]
-
Lafaille, retour sur une disparition
Au printemps 2002, Jean-Christophe réalise l’ascension de la face sud de l’Annapurna. Bien plus qu’une ascension normale, il s’agissait pour lui d’affronter son passé. 10 ans plus tôt, il revenait ...
[Lire la suite]
-
Présentation du livre In extremis à Chamonix
Nous avons organisé vendredi 1er décembre au Majestic, à Chamonix, une conférence pour la présentation du livre : In extremis, l'épopée du secours en montagne dans le massif du Mont-Blanc en présence de l'auteur ...
[Lire la suite]
-
40 ans après, que reste-t-il de l'esprit de Lionel Terray ?
Le 23 septembre 1965, Lionel Terray se tue dans la fissure en Arc de Cercle, au Gerbier (Vercors). Mort à 44 ans, l'alpiniste Grenoblois reste la figure marquante de l'alpinisme ...
[Lire la suite]
-
Messner au Nanga Parbat : la polémique sans fin
MAI 1970 : Karl Herrligkoffer, à la tête du " Deutsches Institut für Auslandsforschung ", dirige l'expédition qui se lance à l'assaut du Nanga Parbat par le versant Rupal. Reinhold ...
[Lire la suite]
-
"Garden party" autour du livre Le routeur des cimes
Lundi 30 juillet 2007,15h00, le jardin de La Maison Carrier s'anime, près de 200 personnes se succèdent dans ce cadre magnifique au cœur de la vallée de Chamonix. Tous viennent féliciter ...
[Lire la suite]
-
Marco Siffredi, sa vie, son œuvre...
La biographie de Marco Siffredi pourrait être simplement la vie intense et belle d'un jeune surfeur doué, né au pied du Mont-Blanc. À vingt-trois ans, il a dévalé toutes les ...
[Lire la suite]
Presse
Dédicaces
Alpinisme
Été 2008
De refuge en refuge
Événements
Les éditions Guérin
Clins d'oeil
Salons du livre
Prix littéraires
Michel Guérin
Archives

