Paul Pritchard
Paru aux Editions Guérin
Totem Pole
La première vie de Paul Pritchard a commencé en 1967, à Bolton/Lancashire, son lieu de naissance en Angleterre. À 16 ans, mi-zonard, mi-poète, il grimpe déjà dans les carrières environnantes, puis se fixe à Llanberis, la Mecque de la grimpe britannique au Nord du Pays de Galles.
En 1986, il a 19 ans et il est déjà l’un des plus brillants et des plus intrépides grimpeurs britanniques. Il part alors courir les parois du monde entier, de l’Himalaya au Karakorum, de la Patagonie à la Terre de Baffin, des Alpes aux Rocheuses, ouvrant au passage des voies de rocher de très haut niveau et extrêmement engagées. Les courses de neige, il les « garde pour ses vieux jours » selon ses propres termes.
Le grimpeur est doué, l’écrivain ne l’est pas moins. Récompensé par le célèbre Boardman/Tasker Award en 1997 pour son premier livre « Deep Play » (devant John Krakauer avec son fameux « Tragédie à l’Everest »), il utilise les dollars qu’il a gagnés pour repartir autour du monde. Il a de nombreux projets et une obsession : faire en Tasmanie la deuxième ascension en libre du Totem Pole, « le plus bel éperon maritime de la Terre ».
Un vendredi 13, en février 1998, alors qu’il tente cette ascension avec son amie Celia Bull, un rocher de la taille d’un téléviseur (portatif dira-t-il plus tard !) lui fracasse la tête en tombant de 25 m de haut, laissant un trou béant dans son crâne.
La deuxième vie de Paul Pritchard commence : grave traumatisme crânien et hémiplégie. Le diagnostic médical est presque sans appel : peu de chances de parler et de marcher à nouveau. C’est mal connaître la force mentale et l’énergie de Paul. Il remonte la pente (encore aujourd’hui), réapprend tout : pisser, manger, boire, parler, marcher, rire, pleurer, faire l’amour.
L’écriture lui sert de catharsis pendant ses longs mois d’hôpital. Son deuxième livre, « The Totem Pole », qui raconte son long chemin de retour à la vie, paraît en 1999. Non seulement il remporte à nouveau le Boardman/Tasker Award, mais aussi le non moins prestigieux grand prix du festival du livre de montagne de Banff/Canada. Le « grimpeur qui écrit », comme il se définit lui-même, prouve ainsi une fois de plus qu’il a du talent et une incroyable énergie. Il a vécu par l’escalade (survécu à l’escalade, dit-il avec son sens aigu de l’humour et de la formule qui ont eux aussi survécu au téléviseur !).
Aujourd’hui, Paul a 39 ans. Il vit en Tasmanie et consacre beaucoup de temps à l’association caritative Headway, qui lève des fonds pour aider les traumatisés crâniens à se battre. Son amour de la montagne n’est toutefois pas enfoui très loin dans les tréfonds de sa première vie. Faute de pouvoir refaire du 8 à dix mètres au-dessus du dernier mauvais coinceur, l’ascension récente du Mont Kenya vient de combler de bonheur cet écrivain et cet homme remarquable. Nous avons fait la connaissance de Paul par l’intermédiaire de Simon Yates, qui a été l’un de ses compagnons de cordée, notamment en Patagonie (voir « Le Dénouement » aux Editions Guérin ). Lorsque Paul nous a approchés avec « The Totem Pole », nous avons pensé que la publication en France de ce seul ouvrage ne serait qu’une relation tronquée d’un itinéraire de vie qui a sa logique propre. En effet, c’est grâce à l’énergie, à la force de caractère et au brin de folie qui lui avaient permis d’atteindre les sommets de la grimpe relatés dans « Deep Play » que Paul a réussi à remonter la pente après son accident. Hard Rock* est donc né de la fusion de « Deep Play » et de « The Totem Pole ». Dans ce travail d’édition, nous avons eu le plaisir de faire cordée avec Paul et de tenter une première risquée : celle qui consiste à fondre en un seul ouvrage deux livres qui ont déjà eu les plus hautes récompenses dans l’édition de montagne.