Paul Keller
Paru aux Editions Guérin
La montagne oubliée
Paul Keller a exercé toute sa vie deux professions en parallèle, pasteur de l’Église Réformée de France et guide de haute montagne.
Il a été professeur de théologie, cela n’est pas contradictoire avec l’exercice de l’alpinisme amateur (il a participé à deux expéditions qui l’ont amené au sommet de la Tour du Mustagh et du Jannu), ni de l’alpinisme professionnel : il a été guide, président du Syndicat national des guides et contrôleur de la profession.
Préface de Robert Paragot
En 1956, au printemps, je rencontre Paul Keller pour la première fois au siège de la Fédération Française de la Montagne. Je connaissais le personnage pour sa réputation dans le milieu montagnard et par ses réussites dans le massif de l’Oisans. Au soir de cette rencontre, je me trouve en sa compagnie dans le train qui nous conduit à Gènes et, de là, par voie maritime, vers la Tour du Mustagh.
Ainsi commence une grande et durable amitié, ponctuée d’autres aventures alpines et himalayennes. Paul Keller, pasteur et guide de haute montagne, est un solide gaillard d’1,90 m, à l’appétit féroce, d’une nature généreuse et dont la grande culture séduit l’entourage. Spontanément, une certaine complicité nous a rapprochés et fut, dès l’origine, particulièrement efficace lorsqu’à plusieurs reprises nous nous sommes retrouvés en équipe sur la même corde.
Né en 1926, Paul Keller est un protestant engagé. Il a exercé comme pasteur de L’Église Réformée de France, dans la vallée de Freissinières et dans le briançonnais, avant d’être nommé à Grenoble ; il a également été professeur de l’Institut protestant de théologie, à la Faculté de Montpellier. Il devient guide de haute montagne en 1954 et, en 1957 sera président de la Compagnie des guides de l’Oisans. En 1967, il est à l’ENSA (École Nationale de Ski et d’Alpinisme) comme « contrôleur de la profession de guide ». Il fut également membre du conseil d’administration du Parc des Écrins, membre du Conseil Supérieur des Sports de Montagne et, en 1975, président du Syndicat National des Guides. Il est membre d’honneur du GHM (Groupe de Haute Montagne).
On le voit, Paul Keller a su se consacrer à des tâches multiples qui l’ont conduit à écouter les autres et à prendre des décisions, ce qui caractérise les plus entreprenants d’entre nous. Dès les années 1950, il fait parler ses compétences et ses ambitions sur le terrain : première à l’arête Sud de la pointe Brevort à la Grande Ruine, première de la face Nord de l’Ailefroide orientale, première de la face Sud du Petit Pelvoux, sans parler des grandes classiques du moment : pilier S aux Écrins, directissime S à la Meige, la Walker aux Grandes Jorasses, la voie Brown à la Blaitière, face N de la Cima Grande, face N du Piz Badile, etc.
En 1956, c’est l’expédition conduite par Guido Magnone qui fera la première ascension de l’arête SE de la Tour de Mustagh, dans le Karakoram. Cette ascension, réalisée par quatre alpinistes seulement, préfigure déjà une autre démarche pour la conquête des hauts sommets, celle de la légèreté, dans un style que l’on dit « alpin » aujourd’hui. C’est cette conquête que raconte Paul Keller dans la première partie de ce livre. En 1962, nous serons encore ensemble au sommet du Jannu (7 773 m), au Népal, une première ascension réalisée par l’expédition nationale conduite par Lionel Terray dont il fut le second très efficace.