Valerian Albanov
Paru aux Editions Guérin
Au pays de la mort blanche (poche)
"Imaginez la terre comme un œuf et la banquise sa coquille, fragile enveloppe de glace qui coiffe l’océan arctique. Soumise aux forces de rotation de la Terre, des vents et des courants sous-jacents, cette coquille de glace est en mouvements permanents.
Dans sa lente dérive, elle encaisse des tensions titanesques. Soudain, dans une explosion sèche et sidérante la banquise se fracture, laissant entrevoir les veines d’eau noire de l’océan glacial.
Ailleurs, deux plaques entrent en collision, se dressent l’une contre l’autre, érigeant dans des grondements sourds et inquiétants des barrières de blocs instables.
Partir sur la banquise, c’est chercher sa route sur cette coquille chaotique, morcelée par des chenaux d’eau éphémères que le froid recouvre d’une pellicule de gel, traître, prête à se rompre à tout moment sous les pas.
Partir sur la banquise, c’est aussi avancer sur ce tapis roulant de glace qui à certains endroits vous entraîne vers le but, où le plus souvent, comme pour affirmer son inhumanité, vous confisque toute la marche d’une journée harassante, vous entraînant inéluctablement à contre courant de la route.
Dans le Grand Nord, c’est la banquise qui commande et les hommes du Santa Anna la redoutent, d’autant qu’ils sont bloqués dans le secteur où son règne est le plus tyrannique, les courants et les tempêtes y sont plus forts qu’ailleurs.
C’est là, autour de ces dernières tours perdues entre la Sibérie et le Pôle que la banquise a emprisonné leur navire pour le remonter vers le Nord. Son caprice est de ne plus le relâcher.
Un premier hiver...
Un été...
Un deuxième hiver...
Les hommes sont en proie à tous les doutes. Les chances de survie s’amenuisent au fil des jours.
Alors Albanov, l’auteur du récit, décide de quitter le bateau et de partir sur cette dangeureuse banquise à la recherche d’une terre de salut.
"Que ceux qui le veulent me suivent."
Ces quelques lignes au début du livre suffisent à comprendre les difficultés qui les attendent. « Pendant ces quatre jours, la tempête nous avait repoussés vers le Nord d’environ 35 kilomètres ! ». Vains efforts de ces hommes qui au péril de leur vie s’acharnent à tirer embarcations et traîneaux, risquant la noyade sous l’eau glaciale, bravant les attaques des ours et des morses qu’ils doivent affronter pour leur survie, accablés par un froid sans répit, les colères du vent et la faim qui les tenaille.
Au prix d’efforts surhumains, Albanov va réussir !
Il sait écrire et nous a rapporté ce poignant récit que mon ami Christian de Marliave a tiré de l’oubli. Parti plusieurs fois en Russie sur les terres du drame, il a rassemblé une iconographie très complète, dont certaines planches inédites dénichées dans les cartons du musée polaire de Saint Pétersbourg. C’est je crois, une des plus extraordinaires aventures de l’age héroïque, digne des Nansen, Scott, Amundsen, de Shackleton.
À la lecture de ce livre remarquable, vous comprendrez ce que signifie d’être au pire endroit du monde et de s’y trouver au plus mauvais moment."
Jean-Louis Etienne