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Ma vie à la verticale

Lynn Hill

Ma vie à la Verticale

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"Ce qu'un homme n'a pas pu faire, une femme peut le faire". La phrase devient célèbre après son ascension libre du Nose...

280 pages, 200 photos

Interview de Lynn Hill

55,00 €

ISBN : 2 911 755 58 8
Réf : TIVIEVE

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Lynn Hill a réalisé en 23 heures la première ascension intégralement en libre d’une voie mythique du Yosemite : le Nose au El Capitan, imposante face de granit de 1000 m aux États-Unis.
Dans ce livre elle raconte cette fameuse escalade et comment elle a réuni la force et le courage pour se pousser dans de telles limites. « Comme si elle avait marché sur l’eau ! »

animation Lynn Hill


À 13 ans, les talents de grimpeuse de Lynn Hill étonnent. À 20 ans, rares sont ceux qui peuvent la suivre. À 33 ans, elle en termine avec 1000 m de granit vertical... L’exploit donne le vertige : Lynn Hill meilleure grimpeuse du monde ? Non. Beaucoup plus que cela !
Lynn est fine avant d’être forte : pas rigolo pour les machos… « Ce qu’un homme n’a pu faire, une femme peut le faire ». La phrase devient célèbre après son ascension libre du Nose, le monument le plus emblématique et le plus convoité des États-Unis.
Vertical


Lynn Hill. Ma vie à la verticale


Extrait :

" L’instant suivant, je vole, puis la corde arrête ma chute et je me balance obliquement dans le dièdre. Haletante, je reste suspendue à la corde, avec 700 mètres de vide sous les pieds (... )  Je regarde sur l’autre versant de la vallée la paroi de Middle Cathedral. Sur cette muraille mouchetée, je remarque que les ombres ont pris la forme d’un cœur. J’ai toujours prêté attention aux symboles qui m’entouraient et ce cœur dessiné sur la pierre me rappelle les valeurs qui sont demeurées les plus importantes dans ma vie et dans l’escalade. ”


Pourquoi le personnage de Lynn est-il si attachant ? Dans son autobiographie tous ses compagnons de cordée sont là. Qu’elle peigne des grimpeurs français (Lynn a vécu longtemps dans le Lubéron, ce paradis de l’escalade), les milieux de la compétition (elle fut plusieurs fois championne du monde) ou les fêlés de l’escalade solitaire… Elle les rend inoubliables. Ils existent. Comme Yabo, ce héros tragique pour qui la grimpe fut sans doute le seul lien possible avec les autres.

Yabo était apparu sur la scène de l’escalade quelques années avant moi. Quand je suis arrivée au Yosemite, à l’âge de seize ans, il était tellement timide, tellement débraillé et avait tellement de problèmes relationnels avec les autres, que les grimpeurs avec qui il essaya de se lier, le fuirent. Yabo bégayait, Yabo ne se lavait pas. Ses cheveux étaient gras, si bas sur le front qu’on ne pouvait voir ses yeux. Yabo était bizarre. Au début, admit John Bachar qui plus tard devint l’un de ses meilleurs amis, tout le monde l’évitait et lorsque nous partions grimper, nous le laissions seul dans les bois. Mais, sur le rocher, il montra ses qualités et, petit à petit, il fut accepté par la communauté des grimpeurs.
Il est possible que l’abandon soit l’explication aux démons qui minaient Yabo. Il était né à Los Gatos en Californie et sa mère quitta la maison quand il avait environ cinq ans. Il ne gardait presque aucun souvenir d’elle. D’après ce qui se racontait, c’était une femme instable et, selon les membres de sa famille qui vivaient encore, elle aurait abusé de drogues et d’alcool. Elle l’avait, paraît-il, traîné dans toute la Californie, menant une vie de bohème jusqu’au moment où elle le rendit à Sam, son père et disparut pour toujours. Il semble que la blessure de la disparition de sa mère ne se referma jamais. C’était un enfant hyperactif au caractère indiscipliné (à l’adolescence, il fit un trou d’un seul coup de poing, dans une cloison de sa maison), qui ne laissait pas une minute de répit à ses professeurs ni à Sam. […]
Pour ceux qui le connaissaient, sa souffrance était sans fond. Un sentiment intense de désespoir s’était insinué dans tout son être. Ses amis disaient qu’il était tourmenté par son incapacité à vivre normalement, à garder un travail dont son père pourrait être fier. […]
Aux alentours de l’année 1990 Yabo avait rencontré Jean Milgram, une grimpeuse de la région de San Francisco. Comme ce fut le cas avec les autres grimpeuses qu’il avait connues, Yabo lui consacra toute son attention jusqu’au moment où inévitablement son enfance perturbée et son sentiment d’impuissance revinrent à la surface avec une intensité qui ne manqua pas d’ébranler Jean. Elle aida Yabo à trouver du travail, elle lui prêta de l’argent afin qu’il pût continuer à pratiquer l’escalade et elle lui fit même consulter un psychologue, mais malgré l’amour qu’elle avait pour lui, elle ne put venir à bout du conflit intérieur qui le rongeait et lui déclara qu’il vaudrait mieux qu’ils ne se voient plus. […]
Au cours du dernier soir de sa vie — le 4 septembre 1991 — Yabo retourna chez Jean dans un état de profonde anxiété et devint violent quand elle lui répéta qu’elle ne pouvait plus être sa compagne. Des années plus tard, Jean me raconta les événements de cette soirée. Elle me dit qu’il avait placé ses mains autour de son cou, qu’il avait commencé à l’étrangler avant de s’arrêter brusquement comme s’il avait pris brutalement conscience que dans un moment de passion, il était capable de tuer la personne qu’il aimait le plus au monde. C’est à cet instant précis qu’il prit le parti d’attenter à ses jours. Yabo, allongé sur le lit de Jean, prit un pistolet dans sa main tremblante et pointa l’arme vers sa tête. Jean qui s’était échappée quand il l’avait relâchée, dit que, lorsqu’elle entra de nouveau dans la chambre, elle ne put regarder Yabo dans les yeux qu’un bref instant. Avant qu’elle ne pût dire ou faire quoi que ce soit pour arrêter son geste, il appuya sur la détente.
La mort de Yabo à l’âge de trente-cinq ans, m’a stupéfiée, moi et nombre d’autres grimpeurs américains. C’était un de mes amis intimes et je regrettais de ne pas avoir pu faire plus pour l’aider. À la suite de sa mort est née une légende. Des grimpeurs qui ne l’avaient jamais rencontré, vantaient autour des feux de camp et au comptoir des bars, ses ascensions solitaires. Le mythe le présentait comme un personnage à moitié maniaco-dépressif, à moitié mystique.
La notice nécrologique que John Long a écrite pour Climbing était plus réaliste. John y suggérait que le désespoir de Yabo " provenait simplement du fait qu’il n’avait pas pu faire la part des choses, son équilibre étant mis à mal par des problèmes qu’il ne pouvait maîtriser ". Pendant quelque temps, sur un pont d’une autoroute de Boulder, dans l’état du Colorado, on pouvait lire ces mots tracés à la bombe de peinture :
Yabo lives !

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