Terra Nova

Jacques Balmat dit Mont-Blanc

Jean-Pierre Spilmont

Jacques Balmat dit Mont Blanc

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Qui était vraiment Jacques Balmat ?
Guide génial, paysan illuminé ou chercheur d'or obstiné ?

230 pages, 24 illustrations

26,00 €

ISBN : 2 911 755 64 2
Réf : TNJACBA

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Derrière le portrait attachant de l'homme, se profile l'histoire captivante de la conquête du Mont-Blanc.


Extrait :

La nuit du Petit-Plateau ?? Il s’en souvient encore : jamais aucun homme de la vallée n’avait eu l’audace et le courage de dormir si haut, dans le froid des glacières, comme on disait encore parfois. Jamais. Il fallait une endurance et, plus peut-être, une témérité peu commune pour réussir un tel exploit. La volonté et la passion de Balmat avaient eu raison de ses propres peurs, avivées sans doute par les terreurs ancestrales liées à ces lieux que l’on avait toujours tenus pour maudits… Chacun, dans la vallée, pensait qu’une nuit passée à de telles hauteurs ne pouvait qu’engendrer un sommeil mortel. Il n’y avait encore pas si longtemps, beaucoup parmi ceux de Genève tenaient pour assuré que ces neiges éternelles étaient la preuve de quelque ancienne malédiction que les habitants de la vallée s’étaient attirés par leurs crimes. Balmat avait pourtant réussi. Seul. Ses compagnons du jour étaient redescendus dans la vallée avant que la nuit tombe, que monte le brouillard, que morde le froid.
[…] Nuit très longue. Nuit très éprouvante dont il n’était pas près d’oublier l’interminable déroulement des heures, ni la violence de ce vent de nord-est qui souvent, dans la nuit, l’avait enveloppé d’un tourbillon de neige glaçant son visage et ses mains.
La conquête, la seule qui comptait, cette fois-ci, c’était sa victoire sur la nuit : il venait de détruire d’un coup les vieilles superstitions. On pouvait, sans craindre la mort, passer la nuit dans les glaciers. Non, la montagne n’était pas maudite. Le Mont-Blanc n’était pas invincible.
À l’aube, il avait repris le chemin par une autre voie. Et, s’il n’était pas parvenu jusqu’à la cime, il sentait à présent qu’il y avait un passage pour l’atteindre.

Le mot de l'éditeur

Balmat eut ce qu’il voulait :
Le Mont-Blanc où il fut le premier au sommet. La richesse : l’Europe entière le voulut pour guide. La gloire : Hugo, Chateaubriand, Dumas le célébrèrent.
Historiquement exact, le livre de Jean-Pierre Spilmont relate l’histoire captivante de la conquête du Mont-Blanc, esquisse un portrait psychologique du «père de l’alpinisme» et peint ce qu’était autrefois la vie dans la vallée de Chamonix.


Extrait :

"8 août 1786. 4 h 15 La journée s'annonce belle. Un léger vent du nord souffle par petites rafales sur le massif. Très lentement, autour d'eux, le jour commence à éclairer les formes immobiles comme si l'imminence de la lumière leur donnait déjà un semblant de vie. Tout à l'heure, la montagne entière s'éveillera dans un ruissellement de couleurs, dans une lumière comme il n'y en a qu'ici.
Michel Paccard commence ses premiers relevés : pression de l'air, température. Il fait doux. Trop doux. C'est mauvais signe. Il sera difficile de traverser le glacier et de franchir les crevasses de la Jonction. Il sait que lorsque l'air est trop chaud, la neige est pourrie et que les ponts qu'elle forme au-dessus des crevasses risquent de s'effondrer sous le moindre poids. Il demande :
- Vous croyez qu'elle tiendra, Balmat ?
- Pas certain, docteur. Il faudra être prudent, c'est tout...
Le guide a ramassé le sac, arrimé sur son dos le matériel, empoigné son bâton, puis il prend pied sur le glacier et se retourne un instant.
- Il est moins sûr qu'il y a un mois, mais nous n'avons pas trop le choix... Après un silence, il reprend :
- À partir de maintenant, c'est neige et glace jusqu'au sommet. Il ne faudrait pas que le temps se radoucisse encore... Pour le reste, on verra.
Ils avancent. L'un derrière l'autre. D'emblée, Balmat a pris la tête. C'est son métier. Sa responsabilité. Il sait qu'avec le docteur, il n'a pas trop à s'en faire, pas grand-chose à expliquer. C'est un enfant du pays : il connaît bien les pièges des séracs. Balmat, lui, possède mieux que quiconque cette intuition des passages, du chemin à suivre, toutes choses qui ne s'apprennent qu'avec le temps et la fréquentation des glaciers ; l'expérience, comme il est convenu de dire. Malgré son âge, il en a déjà suffisamment acquis pour ne pas être trop pris au dépourvu. Il lève un instant la tête et reçoit une fois de plus, comme un défi, cette immensité blanche qui les domine, qui les submerge ; vague géante dans laquelle ils s'enfoncent l'un et l'autre de ce pas mesuré, équilibré, presque dansant, que ceux d'ici ont adopté d'instinct... le pas de la lotta... Il ne leur faut guère de temps pour se rendre compte que la montée sera plus pénible encore qu'ils ne l'avaient pensé. Depuis que Balmat est venu, il y a plus d'un mois, de nombreux ponts de neige se sont effondrés et il faut trouver de nouveaux passages. En tête, le guide sonde la neige. Il y enfonce son bâton quelques pas devant lui, puis il avance, tenant horizontalement la longue perche qui peut l'aider à se redresser en cas de chute ou d'effondrement brutal de la neige sous ses pieds. Ensuite, c'est au tour de Paccard d'emprunter le même chemin. Il suit très exactement les traces de son compagnon. Les voilà maintenant au centre du glacier, comme deux minuscules voiliers qui gagneraient la haute mer. Ils marchent. Ils montent dans le silence de ce matin d'août, attentifs seulement à leurs pas et aux craquements que l'on entend, parfois, dans les séracs."

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