La Petite Collection
L'Everest
Benoît Heimermann
Voilà plus de cinquante ans que cela dure : l'Everest suscite le dépassement, l'exploit, la compétition, la répétition ou les épopées les plus scabreuses.
120 pages
12,00 €
ISBN : 2 911 755 88 X
Réf : PCEVERE
Benoît Heimermann fait le tour de " La montagne tellement haute qu'aucun oiseau ne peut voler dessus ".
C'est sur le papier que Sir Georges Everest, le géographe si peu aventurier, a pointé le toit du monde. Il l'a calculé, ne l'a jamais vu, lui a donné son nom et aux Anglais, la folle envie de le gravir. Mallory définissait parfaitement cette exigence : " Pourquoi s'attaquer à l'Everest ? Parcequ'il est là ! ".
Une nécessité toute britannique qui le conduira, avec son jeune compagnon de cordée Irvine, au-delà du camp VI, à disparaître dans les brumes de la face nord.
Après une douzaine d'accidents mortels, Edmund Hillary l'apiculteur néo Zélandais fixe son compagnon de cordée, Tenzing, sur la pellicule, le 29 mai 1953 à 8850 mètres. Et le plus inconcevable n'est pas ce qu'on pense : le bon Hillary n'a-t-il pas fait de son Sherpa, son alter ego ?
Voilà plus de cinquante ans que cela dure : " La montagne tellement haute qu'aucun oiseau ne peut voler dessus " suscite le dépassement, l'exploit comme la compétition, la répétition ou les épopées les plus scabreuses…
Extrait :
À 85 ans, le vainqueur de l’Everest respire la félicité. Il ne se plaint pas, ne se lasse pas et, sans que cela ne lui coûte, il rend et partage ce que la vie lui a — c’est lui qui parle — " si gentiment " offert, un beau jour de mai 1953, il y a cinquante ans. À l’inverse d’un Neil Armstrong qui, dès son retour de la Lune, se retira, cadenassé dans une ferme de l’Ohio et coupé de l’humanité entière, Ed Hillary n’a eu de cesse, sa vie durant, et aujourd’hui encore, d’utiliser sa notoriété pour le bien du plus grand nombre. L’intéressé précise : " Je ne cherche pas une place au paradis. Il me paraît simplement normal d’échanger et de comprendre. '' Et insiste : " D’emblée mes parents m’ont appris qu’il existait toujours plus démuni que soi et que rétrocéder un peu de ses avantages était, en quelque sorte, inscrit dans l’ordre du monde. '' […]
En ce début d’après-midi de février, la Nouvelle-Zélande broie du noir : la Coupe de l’America vire au tragique et les chances de la conserver sont quasi nulles. Edmund Hillary qui n’est indifférent à aucun sport est déçu mais, on s’en douterait presque, de bonne humeur cependant. Le visiteur du jour n’est pas anodin, il connaît lui aussi son Everest sur le bout de ses chaussures et est venu d’Italie tout exprès. Cinquantenaire oblige, Reinhold Messner — le collectionneur de 8000 mètres, le pionnier de tant d’audaces et d’innovations — a fait le voyage pour recueillir la parole de son aîné au service d’un important magazine allemand. Le déjeuner roule son comptant d’anecdotes mais surtout confirme la personnalité de chacun : la passion de Messner, comme habité par son sujet, et la décontraction d’Hillary, jamais guetté par l’orgueil ou la suffisance.
Trois heures plus tard, les revoilà tous les deux sous les plafonds baroques du musée national d’Auckland qui consacre une importante rétrospective à son enfant le plus célèbre. Éparpillés dans les allées, les écoliers ne savent où donner de la tête : en direction des photos de sir Ed, agrafées dans les vitrines, ou vers leur sujet qui s’approche d’eux en chair et en os ? Comme un gros ours, l’intéressé tapote les têtes, chuchote une recommandation et réclame le silence. Qu’il obtient. Messner recense les objets du culte : un piolet démesuré, un appareil photo antique, des chaussures aussi volumineuses que des boulets de condamnés.
Un énième cliché aussi : le vainqueur du toit du monde dans les bras de John Hunt, son chef d’expédition. Hillary : " Peut-être attendait-il de moi une parole philosophique ou un message à l’intention de la jeunesse du monde ? En fait, je lui ai simplement dit : Tu vois Georges, on l’a eu ce salaud !" Les gamins alentours sont aux anges. Et Reinhold Messner avec eux, visiblement satisfait d’être venu vérifier de l’autre côté de la terre ce qu’il savait déjà :
" Décidément il ne change pas. C’est un modèle. Qui jamais ne s’est pris pour un autre. C’est une chance formidable que, malgré l’intense compétition nationaliste qui existait à l’époque, l’Everest ait été apprivoisé par un aussi beau vainqueur. »
C'est sur le papier que Sir Georges Everest, le géographe si peu aventurier, a pointé le toit du monde. Il l'a calculé, ne l'a jamais vu, lui a donné son nom et aux Anglais, la folle envie de le gravir. Mallory définissait parfaitement cette exigence : " Pourquoi s'attaquer à l'Everest ? Parcequ'il est là ! ".
Une nécessité toute britannique qui le conduira, avec son jeune compagnon de cordée Irvine, au-delà du camp VI, à disparaître dans les brumes de la face nord.
Après une douzaine d'accidents mortels, Edmund Hillary l'apiculteur néo Zélandais fixe son compagnon de cordée, Tenzing, sur la pellicule, le 29 mai 1953 à 8850 mètres. Et le plus inconcevable n'est pas ce qu'on pense : le bon Hillary n'a-t-il pas fait de son Sherpa, son alter ego ?
Voilà plus de cinquante ans que cela dure : " La montagne tellement haute qu'aucun oiseau ne peut voler dessus " suscite le dépassement, l'exploit comme la compétition, la répétition ou les épopées les plus scabreuses…
Extrait :
À 85 ans, le vainqueur de l’Everest respire la félicité. Il ne se plaint pas, ne se lasse pas et, sans que cela ne lui coûte, il rend et partage ce que la vie lui a — c’est lui qui parle — " si gentiment " offert, un beau jour de mai 1953, il y a cinquante ans. À l’inverse d’un Neil Armstrong qui, dès son retour de la Lune, se retira, cadenassé dans une ferme de l’Ohio et coupé de l’humanité entière, Ed Hillary n’a eu de cesse, sa vie durant, et aujourd’hui encore, d’utiliser sa notoriété pour le bien du plus grand nombre. L’intéressé précise : " Je ne cherche pas une place au paradis. Il me paraît simplement normal d’échanger et de comprendre. '' Et insiste : " D’emblée mes parents m’ont appris qu’il existait toujours plus démuni que soi et que rétrocéder un peu de ses avantages était, en quelque sorte, inscrit dans l’ordre du monde. '' […]
En ce début d’après-midi de février, la Nouvelle-Zélande broie du noir : la Coupe de l’America vire au tragique et les chances de la conserver sont quasi nulles. Edmund Hillary qui n’est indifférent à aucun sport est déçu mais, on s’en douterait presque, de bonne humeur cependant. Le visiteur du jour n’est pas anodin, il connaît lui aussi son Everest sur le bout de ses chaussures et est venu d’Italie tout exprès. Cinquantenaire oblige, Reinhold Messner — le collectionneur de 8000 mètres, le pionnier de tant d’audaces et d’innovations — a fait le voyage pour recueillir la parole de son aîné au service d’un important magazine allemand. Le déjeuner roule son comptant d’anecdotes mais surtout confirme la personnalité de chacun : la passion de Messner, comme habité par son sujet, et la décontraction d’Hillary, jamais guetté par l’orgueil ou la suffisance.
Trois heures plus tard, les revoilà tous les deux sous les plafonds baroques du musée national d’Auckland qui consacre une importante rétrospective à son enfant le plus célèbre. Éparpillés dans les allées, les écoliers ne savent où donner de la tête : en direction des photos de sir Ed, agrafées dans les vitrines, ou vers leur sujet qui s’approche d’eux en chair et en os ? Comme un gros ours, l’intéressé tapote les têtes, chuchote une recommandation et réclame le silence. Qu’il obtient. Messner recense les objets du culte : un piolet démesuré, un appareil photo antique, des chaussures aussi volumineuses que des boulets de condamnés.
Un énième cliché aussi : le vainqueur du toit du monde dans les bras de John Hunt, son chef d’expédition. Hillary : " Peut-être attendait-il de moi une parole philosophique ou un message à l’intention de la jeunesse du monde ? En fait, je lui ai simplement dit : Tu vois Georges, on l’a eu ce salaud !" Les gamins alentours sont aux anges. Et Reinhold Messner avec eux, visiblement satisfait d’être venu vérifier de l’autre côté de la terre ce qu’il savait déjà :
" Décidément il ne change pas. C’est un modèle. Qui jamais ne s’est pris pour un autre. C’est une chance formidable que, malgré l’intense compétition nationaliste qui existait à l’époque, l’Everest ait été apprivoisé par un aussi beau vainqueur. »
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