Terra Nova

Solos

Christophe Moulin

Solos

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C'est l'histoire d'un jeune garçon qui ne s'aime pas et se jette dans l'alpinisme comme on se jette dans la gueule du loup.

315 pages

Interview de Christophe Moulin

25,00 €

ISBN : 2 911 755 85 5
Réf : TNSOLOS

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C’est l’histoire d’un homme en colère...

C'est l'histoire d'un jeune garçon qui ne s'aime pas et se jette dans l'alpinisme comme on se jette dans la gueule du loup. Il mène un combat féroce avec les plus austères faces nord de l'Oisans qu'il veut affronter seul, en hiver. Il s'intoxique ainsi pendant huit ans à l'adrénaline, à l'image de " cador " que ses succès lui donnent. Puis, tout à coup, il s'arrête. Une femme, un enfant, la vie sont passés par là. Et, au moment où, apaisé, il s'y attendait le moins, le loup referme ses crocs, lui enlève trois amis, trois morts dont il se sent responsable.
" Est-ce que ce jeu en vaut la peine ? "

Ce livre ne vaut pas seulement par ses récits d'ascensions palpitants, il analyse avec une sincérité et une profondeur inégalées la question centrale de l'alpinisme : " Est-ce que ce jeu en vaut la peine ? "

"Je me sens libre. Jamais je n'ai connu cette légèreté dans mon être. Je n'ai plus aucune crainte, ni haine, ni animosité. Le solo, c'est la liberté !
Folie passagère ou ivresse de la solitude ? Peu importe, la montagne est mon amie. Elle fait partie de moi ou je fais partie d'elle ?"



La presse en parle

Vertical


Extrait :

Les heures qui ont suivi sont presque sorties entièrement de ma mémoire. Je me souviens avoir regardé ma montre au sommet du passage et m’être demandé si je ne m’étais pas endormi au relais car aucun souvenir précis ne me revient de ces trois heures passées dans la longueur. Trois heures durant lesquelles j’ai tissé avec mes cordes une véritable toile d’araignée. C’est le résultat d’une errance. J’ai certainement été entraîné dans de grandes traversées à droite et à gauche, à la recherche d’une glace un tout petit peu consistante ou de vagues fissures pouvant accepter un piton dans le rocher sous-jacent. Les détours que j’ai dû faire sont tels qu’il m’est impossible de retirer ma corde depuis le sommet de la longueur car tout est coincé par les angles. Cela me vaut une descente jusqu’au relais et une remontée sur nœuds auto-bloquants en prime et une heure de plus au chrono. Cette manœuvre ne m’arrange pas car les heures de luminosité sont comptées.
Comme si je me réveillais après un mauvais rêve, cette perte de mémoire, ce blanc de trois heures me laisse perplexe. Des instantanés, pendant que je remonte la longueur, me reviennent par flashs.
Je me revois à cet endroit où glace et rocher sont très séparés, écartelés, les crampons raclant à la recherche d’une aspérité.
Puis c’est une image de moi nettoyant la roche et grattant désespérément en quête de rares fissures pour y placer cette mauvaise protection. Me reviennent aussi des images de mon visage dégoulinant de sueur, posé contre mes piolets essayant de reprendre mon souffle.
Je viens de vivre quelque chose d’inexplicable, des émotions si violentes que mon esprit les a instantanément sorties de ma mémoire. La zone rouge, je la connaissais. Je l’ai touchée dans ce passage dans le super couloir au Tacul et quelques autres comme mon vol au Fou ou mon passage de la rimaye de l’Ailefroide.
Mais après la zone rouge, une zone blanche existe. Je le sais à présent et ce que je viens de vivre en fait partie. Que m’est-il arrivé ?? Mystère. Passé un certain point d’effort et de trouille, il ne doit rester qu’une part animale.


Extrait :

Professeur à l'ENSA ! Ces mots cognent dans mon cœur comme ils cognent dans mon crâne. Quel honneur.… Entrer comme professeur dans cet établissement reste pour nombre de guides un rêve secret. Le titre est prestigieux, l'école est une sorte d'académie. Pour certains, cela constitue une consécration de premier ordre. En général et pour mon plus grand bonheur, je me sens accueilli dans l'établissement comme dans une famille. Je craignais d'être intimidé par tous ces grands noms qui ont marqué des générations d'alpinistes, mais ceux dont je lisais hier les exploits sur papier glacé, s'adressent à moi tout simplement… Je garde de ces rencontres quelques souvenirs inoubliables…


Retour du Pic de Bure :
- Vous venez d'où ?
- J'arrive du Pic de Bure.
- Mais vous êtes au Pic de Bure !
- Oui, je veux dire…, j'arrive du Pilier Demaison.
- Mais, vous grimpez seul ?
- Oui.
- C'est risqué votre truc, non ?
- Euh, je ne sais pas, peut-être… sans doute.
- Bien. Entrez au chaud.
Debout comme un fantôme sur le pas de la porte, le visage à moitié givré avec mon casque qui surmonte ma cagoule et mes crampons aux pieds, je sens que je les perturbe avec mon histoire de fou.
Dans la liste des premières solitaires à effectuer, il y avait cette voie. Rien à voir avec le Pic sans Nom pour l'altitude, mais je savais que les conditions de vent et de froid pouvaient être bien pires qu'en haute montagne. Je n'aurai pas supporté qu'un gars d'une autre région vienne rafler cette première sur une des plus belles cimes de ma région. "

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