Terra Nova
Prisonnier de l'Annapurna
Jean-Christophe Lafaille
Le grand livre que l’on attendait sur l’himalayisme moderne.
240 pages, 30 photos
23,00 €
ISBN : 2 911 755 68 5
Réf : TNPRISO
Écrit avec Benoît Heimermann, ce livre fait pénétrer le lecteur dans l’aventure insensée qu’est l’alpinisme en Himalaya.
Une seconde pour voir disparaître son compagnon de cordée quand un rappel s’arrache et précipite Pierre Béghin dans la face sud de l’Annapurna.
Cinq jours pour désescalader sans matériel cette paroi, ce qui constitue l’une des plus étonnantes histoires de survie de l’alpinisme. Mais le pire est à venir, dans le regard des autres au retour, dans la culpabilité puis dans la dépression.
Dix ans pour pouvoir en parler : le temps qu’il lui faudra pour remonter sur ce sommet et sortir, par le courage, d’un drame personnel.
Prisonnier de l’Annapurna est le roman vrai d’un homme qui a su prendre sa revanche sur le destin.
Que signifie s’engager en solitaire dans des voies techniques qui sortent à plus de huit mille mètres ? Comment profiter des progrès de la météo ? Que sait-on sur les réactions de l’organisme à très haute altitude ? Pourquoi la course au quatorze plus hauts sommets du monde paraît-elle à la fois banale et fascinante ? Et la vie de famille dans tout ça ? Sans fausse pudeur, Jean-Christophe Lafaille aborde toutes les questions (y compris les questions d’argent) que soulève une carrière dans le secteur le plus en pointe et le plus mystérieux de l’alpinisme moderne.
« L’histoire est fabuleuse. C’est un livre court qu’on lit d’une traite et dont on se dit qu’il s’arrête trop vite. Ce n’est pas un roman mais bien un récit vrai, bien écrit, très émouvant (…) C’est un grand livre. »
Vertical
Prisonnier de l'Annapurna
Extrait :
16 juillet 2003. Camp de base du Broad Peak. Étendu dans mon sac de couchage, je suis épuisé après mon ascension de ce troisième sommet de plus de 8 000 mètres en deux mois. Ma plus belle campagne himalayenne s’achève par une descente interminable, un début d’oedème pulmonaire et une chute dans une crevasse vers 7 500 mètres d’altitude. Pour mon onzième très haut sommet, la sanction est sévère, comme souvent en montagne.
Ce Broad Peak (8 051 m) aurait dû être une formalité. Et pourtant hier, j’ai failli mourir sur ses flancs. L’Himalaya me donne une nouvelle leçon… Je n’avais jamais été malade en altitude. Au pied de ces deux géants, le K2 (8 611 m) et le Broad Peak, au cœur de l’un des plus beaux paysages de l’Himalaya, je repense à tous ces moments de peurs, de peines, mais aussi de joies pures qui m’ont été offertes par vingt ans d’alpinisme. Je revis une fois encore cette arrivée au sommet de l’Annapurna, il y a maintenant plus d’une année. Quelle autre montagne pourrait m’inspirer autant de craintes, autant d’amour ? Retrouverai-je cette lumière irréelle, sans ombre, qui baignait tout l’espace autour de nous. Je repense à cette mer de nuages qui s’étendait à l’infini sous nos pieds. À cette émotion elle aussi infinie qui m’a habité en ce matin du 16 mai 2002. Émotion intérieure, silencieuse. Extérieure avec Alberto, avec la voix de Katia comme témoin à travers la radio. Tout est inscrit. Gravé dans ma mémoire de manière indélébile.
J’ai parfois la sensation de ne pas être vraiment redescendu de cette montagne tant certaines minutes, mauvaises ou bonnes, comptent pour moi davantage que des années. Cette ascension de l’Annapurna m’apparaît comme l’aboutissement d’une vie d’alpiniste, la course absolue. Peut-être la course d’une vie… Le sommet de la mienne ?
Le 20 mai 2003, j’étais sur les pentes de la montagne blanche, le Dhaulaghiri (8 167 m). Seul au sommet, sans liaison radio avec le monde extérieur, l’émotion et l’engagement psychologique étaient là, mais il n’y avait pas l’intensité vécue à l’Annapurna. L’arête Est que nous avions empruntée avec Alberto était juste en face de moi à une trentaine de kilomètres de distance. Je l’ai trouvée une fois encore, immense, impressionnante.
Quelques semaines plus tard, j’étais au sommet du Nanga Parbat (8 125 m) avec Ed Viesturs. De nouveau l’émotion et l’amitié partagées avec ce compagnon de cordée en or ont été fortes sur ce sommet magnifique.
Hier, toujours ensemble, nous étions au sommet du Broad Peak. La lumière de la haute altitude, les paysages du Pakistan et de la Chine à perte de vue, le K2 et son architecture parfaite saluaient notre arrivée sur une des extrémités de la terre. Pourtant rien d’aussi beau qu’à l’Annapurna… Katia est à mes côtés dans la tente, comme l’an dernier dans le Sanctuaire. Une voix qui m’appelle me sort de mes pensées. Le visage rayonnant de Migma apparaît dans la porte. Il était hier avec Ed et moi au sommet du Broad Peak où il avait mis ses talents au service de grimpeurs coréens. Migma est le jeune Népalais qui m’avait accompagné en 1995 au pied de l’Annapurna ; c’était à l’époque sa première expérience en montagne. Aujourd’hui il est devenu un Sherpa d’altitude reconnu qui court les sommets du monde. Que je suis heureux de le serrer dans mes bras ce matin, comme il y a huit ans à mon retour solitaire de la face sud ! Quel beau chemin, il a parcouru depuis ce temps ! Et moi ? Dix ans de rêves, de doutes, de tentatives ne s’effacent pas en quelques mois, ni le bonheur que je crois avoir touché au bout de ce parcours. Prisonnier de l’Annapurna ? Non, l’alpiniste ne l’est plus. Libéré ? Mon âme n'y tient peut-être pas ?
Une seconde pour voir disparaître son compagnon de cordée quand un rappel s’arrache et précipite Pierre Béghin dans la face sud de l’Annapurna.
Cinq jours pour désescalader sans matériel cette paroi, ce qui constitue l’une des plus étonnantes histoires de survie de l’alpinisme. Mais le pire est à venir, dans le regard des autres au retour, dans la culpabilité puis dans la dépression.
Dix ans pour pouvoir en parler : le temps qu’il lui faudra pour remonter sur ce sommet et sortir, par le courage, d’un drame personnel.
Prisonnier de l’Annapurna est le roman vrai d’un homme qui a su prendre sa revanche sur le destin.
Que signifie s’engager en solitaire dans des voies techniques qui sortent à plus de huit mille mètres ? Comment profiter des progrès de la météo ? Que sait-on sur les réactions de l’organisme à très haute altitude ? Pourquoi la course au quatorze plus hauts sommets du monde paraît-elle à la fois banale et fascinante ? Et la vie de famille dans tout ça ? Sans fausse pudeur, Jean-Christophe Lafaille aborde toutes les questions (y compris les questions d’argent) que soulève une carrière dans le secteur le plus en pointe et le plus mystérieux de l’alpinisme moderne.
« L’histoire est fabuleuse. C’est un livre court qu’on lit d’une traite et dont on se dit qu’il s’arrête trop vite. Ce n’est pas un roman mais bien un récit vrai, bien écrit, très émouvant (…) C’est un grand livre. »
Vertical
Prisonnier de l'Annapurna
Extrait :
16 juillet 2003. Camp de base du Broad Peak. Étendu dans mon sac de couchage, je suis épuisé après mon ascension de ce troisième sommet de plus de 8 000 mètres en deux mois. Ma plus belle campagne himalayenne s’achève par une descente interminable, un début d’oedème pulmonaire et une chute dans une crevasse vers 7 500 mètres d’altitude. Pour mon onzième très haut sommet, la sanction est sévère, comme souvent en montagne.
Ce Broad Peak (8 051 m) aurait dû être une formalité. Et pourtant hier, j’ai failli mourir sur ses flancs. L’Himalaya me donne une nouvelle leçon… Je n’avais jamais été malade en altitude. Au pied de ces deux géants, le K2 (8 611 m) et le Broad Peak, au cœur de l’un des plus beaux paysages de l’Himalaya, je repense à tous ces moments de peurs, de peines, mais aussi de joies pures qui m’ont été offertes par vingt ans d’alpinisme. Je revis une fois encore cette arrivée au sommet de l’Annapurna, il y a maintenant plus d’une année. Quelle autre montagne pourrait m’inspirer autant de craintes, autant d’amour ? Retrouverai-je cette lumière irréelle, sans ombre, qui baignait tout l’espace autour de nous. Je repense à cette mer de nuages qui s’étendait à l’infini sous nos pieds. À cette émotion elle aussi infinie qui m’a habité en ce matin du 16 mai 2002. Émotion intérieure, silencieuse. Extérieure avec Alberto, avec la voix de Katia comme témoin à travers la radio. Tout est inscrit. Gravé dans ma mémoire de manière indélébile.
J’ai parfois la sensation de ne pas être vraiment redescendu de cette montagne tant certaines minutes, mauvaises ou bonnes, comptent pour moi davantage que des années. Cette ascension de l’Annapurna m’apparaît comme l’aboutissement d’une vie d’alpiniste, la course absolue. Peut-être la course d’une vie… Le sommet de la mienne ?
Le 20 mai 2003, j’étais sur les pentes de la montagne blanche, le Dhaulaghiri (8 167 m). Seul au sommet, sans liaison radio avec le monde extérieur, l’émotion et l’engagement psychologique étaient là, mais il n’y avait pas l’intensité vécue à l’Annapurna. L’arête Est que nous avions empruntée avec Alberto était juste en face de moi à une trentaine de kilomètres de distance. Je l’ai trouvée une fois encore, immense, impressionnante.
Quelques semaines plus tard, j’étais au sommet du Nanga Parbat (8 125 m) avec Ed Viesturs. De nouveau l’émotion et l’amitié partagées avec ce compagnon de cordée en or ont été fortes sur ce sommet magnifique.
Hier, toujours ensemble, nous étions au sommet du Broad Peak. La lumière de la haute altitude, les paysages du Pakistan et de la Chine à perte de vue, le K2 et son architecture parfaite saluaient notre arrivée sur une des extrémités de la terre. Pourtant rien d’aussi beau qu’à l’Annapurna… Katia est à mes côtés dans la tente, comme l’an dernier dans le Sanctuaire. Une voix qui m’appelle me sort de mes pensées. Le visage rayonnant de Migma apparaît dans la porte. Il était hier avec Ed et moi au sommet du Broad Peak où il avait mis ses talents au service de grimpeurs coréens. Migma est le jeune Népalais qui m’avait accompagné en 1995 au pied de l’Annapurna ; c’était à l’époque sa première expérience en montagne. Aujourd’hui il est devenu un Sherpa d’altitude reconnu qui court les sommets du monde. Que je suis heureux de le serrer dans mes bras ce matin, comme il y a huit ans à mon retour solitaire de la face sud ! Quel beau chemin, il a parcouru depuis ce temps ! Et moi ? Dix ans de rêves, de doutes, de tentatives ne s’effacent pas en quelques mois, ni le bonheur que je crois avoir touché au bout de ce parcours. Prisonnier de l’Annapurna ? Non, l’alpiniste ne l’est plus. Libéré ? Mon âme n'y tient peut-être pas ?
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