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Terra NovaLe DénouementSimon YatesL'homme qui a coupé la corde", Simon Yates restera celui qui a envoyé dans le vide Joe Simpson, l'auteur du best-seller "La mort suspendue". 23,00 €
ISBN : 2 911 755 35 9 Quoi qu’il fasse de sa vie, Simon Yates restera celui qui, d’un coup de couteau, a envoyé dans le vide son compagnon de cordée Joe Simpson. Le dénouement revient sur cet épisode et sur une autre décision tout aussi douloureuse : comment échapper, en expédition et sous le regard des autres, à l’obsession du sommet ? Comment faire demi-tour ?
Hurlements du vent, tempêtes, avalanches, nuits blanches, chutes de pierres respirations suspendues dans les portaledges… « L’intensité de notre expérience était devenue plus importante que notre propre vie » raconte Simon Yates. Dans l’un des endroits les plus inhospitaliers de la Terre, quatre grimpeurs attaquent mille mètres de granit lisse : la Tour centrale du Paine, en Patagonie Chilienne. À quelques mètres du sommet, il leur faudra faire demi-tour, reprendre des forces pour tenter une nouvelle chance et rentrer de nouveau dans l’enfer… Défait physiquement et mentalement, Simon Yates, pour la première fois de sa vie, renoncera au sommet : « Les alpinistes, de même que les alcooliques ou les obsédés du travail ne sont pas forcés de se laisser prendre dans cet engrenage… Ils n’ont qu’un mot à dire : non ! » . Le lecteur sera pris, lui, dans les filets de ce texte très fort sur le grand alpinisme moderne. "Un roman captivant, écrit comme on apprend à le faire dans les facultés américaines (style rapide, dialogues vifs), mais surtout une histoire parfaitement crédible sur le mensonge et la mystification chez des alpinistes obsédés de performances. Et n’allez surtout pas croire que Roberts invente, il fait œuvre de fiction, mais à partir d’éléments et de comportement parfaitement réalistes. Un regard incisif sur une communauté que David Roberts, alpiniste assidu, connaît et décrit de l’intérieur, jusqu’à la folie". Alpinisme et randonnée. Interview Simon Yates Extrait : Dès les cinquante premiers mètres, Victor se rendit compte que le terrain situé au-dessous de leur bivouac était encore bien pire que ce qu’il avait craint. La roche était recouverte partout d’une croûte de glace qu’ils devaient casser avant de pouvoir saisir une prise. Il n’y avait aucune trace des marques laissées par leurs crampons deux jours plus tôt, et une fine couche de givre dissimulait les plaques de glace foireuse qu’ils avaient pu éviter à la montée. À un moment donné, alors qu’il descendait à reculons sans assurance, Victor planta un crampon dans le givre et heurta de la glace ; sa chaussure rebondit et il faillit faire une chute. En dépit de ces efforts intenses, il se réchauffait si peu que s’en était inquiétant. Le vent avait repris. On aurait dit que la nuit commençait déjà à tomber. Sa montre était dans sa poche, mais enlever une moufle pour aller la pêcher était trop compliqué. Au début, la voie zigzaguait tellement que tout rappel était impossible. Certaines longueurs qu’ils avaient gravis corde tendue deux jours auparavant devaient à présent être soigneusement assurées. Ils descendirent par bonds successifs, tantôt traversant, tantôt remontant sur de courtes sections, essayant de rester sur la neige. Certains détails commençaient à troubler Victor. Quand Ed l’eut rejoint sur un petit replat, il s’exclama : - Bordel, on est où, là ? - Dans la voie. - Tu es sûr ? J’ai l’impression qu’on est trop bas. Si on arrive dans ces dalles verticales… - C’est bon, je te dis. Tu te souviens de ce becquet ? dit Ed en le désignant. - Non. - Tu y as passé un anneau en montant. « Sacré vieux Louis, pensa Victor. Quel œil il a ! » Il se jura d’être patient, mais des nuages noirs commençaient à s’amasser dans son esprit. Une phrase lui apparut en arrière de ses yeux, aussi nette que si elle était tapée sur une feuille blanche : « Cette fois, on pourrait bien y rester ». Il voulut la gommer, mais les mots demeuraient incrustés dans le papier comme s’ils l’avaient calciné. Extrait : L’une des décisions les plus graves que j’aie jamais eue à prendre a été de couper la corde au bout de laquelle mon compagnon, Joe Simpson, pendait avec une jambe cassée. […] Certains diront que je n’aurais pas dû prendre cette décision : que l’idée de couper la corde, ce symbole tabou d’amitié et de confiance, n’aurait même jamais dû me venir à l’esprit. D’autres penseront que c’était simplement une question de survie, que je n’avais pas d’autre choix. […] C’est sans aucun doute à cause de son état d’épuisement que Joe a commis l’erreur qui a entraîné sa chute alors qu’il descendait un petit mur de glace juste sous le sommet. J’ai alors entrepris de le descendre à bout de corde avec sa jambe cassée, longueur après longueur, malgré le risque que cela me faisait courir puisque je ne posais aucune assurance. Pendant cette descente cauchemardesque, je fis d’autres erreurs. La première fut de décider, malgré la nuit qui approchait, qu’il valait mieux descendre jusqu’au pied de la face avant d’installer le bivouac. Plus bas, alors qu’on n’y voyait goutte à travers le brouillard et les tourbillons de neige, je commis une deuxième faute : je continuai à descendre Joe tout droit dans la pente alors qu’il aurait fallu partir en diagonale pour contourner l’énorme barre de séracs au bord de laquelle il finit par basculer. Il m’est impossible de dire ce qui s’est alors exactement produit, mais je sentis une brusque secousse sur mon baudrier. J’eus bientôt tout le poids de Joe sur la corde qui passait dans mon descendeur. Le nœud qui reliait mon brin de corde au sien refusant de coulisser au travers du descendeur, il m’était impossible de dévider la cinquantaine de mètres de corde qui m’auraient permis de le descendre plus bas et peut-être d’éviter ce qui s’est passé ensuite. […] J’avais fait tout ce qui était raisonnablement possible pour sauver Joe. Maintenant que nos deux vies étaient en danger, la seule chose qui me restait à faire, c’était de sauver ma peau. Je savais que couper la corde pouvait signifier la mort de Joe. Pourtant, je me décidai intuitivement en une fraction de seconde. Cela me parut la bonne décision, comme tant d’autres que j’avais prises à des moments critiques de l’ascension. Sans hésitation, je sortis le couteau de mon sac et passai à l’acte. […] Après avoir coupé la corde, je passai une nuit atroce dans un trou de neige creusé dans la pente, convaincu d’avoir provoqué la mort de Joe. Le lendemain matin, quand j’entamai la délicate descente vers le camp de base, j’étais persuadé de ne pas y arriver vivant. Je parvins à contourner la barre de séracs et découvris, à ma grande horreur, qu’à sa base s’ouvrait une énorme crevasse de près de cent mètres de long, dans laquelle Joe avait dû être précipité. Cette vision confirma mes craintes. Je tentais de l’appeler, mais je ne fus pas surpris de n’obtenir aucune réponse. Il paraissait inconcevable qu’on puisse survivre à une telle chute. […] L’idée que Joe avait pu réchapper à sa chute dans la crevasse ne nous avait même pas effleurés. Et encore moins celle qu’il avait pu atterrir sur un fragile pont de neige jeté dans ses profondeurs. Ceux qui n’ont pas lu La mort suspendue, où Joe raconte comment il a réussi à s’évader de ce gouffre de glace, ne peuvent imaginer la terreur et les souffrances par lesquelles il est passé avant de ramper trois jours durant sur le glacier et la moraine sans manger et pratiquement sans boire. En pleine nuit, Richard et moi entendîmes des hurlements tout près du camp. Munis de nos lampes de poche, nous allâmes voir ce qui se passait et trouvâmes Joe à une centaine de mètres, allongé sur des blocs. Je n’en crus d’abord pas mes yeux. J’avais l’impression d’être la victime d’une plaisanterie de très mauvais goût. Puis, presque en même temps, je fus envahi par un flot d’émotions difficiles à démêler : le soulagement et la joie que Joe soit en vie ; le choc et la tristesse de le voir dans cet état après ce qu’il avait enduré ; le remords, enfin, de l’avoir abandonné dans la montagne. Plus tard, dans la tente, Joe me remercia de toute la peine que je m’étais donnée pour tenter de le descendre. Il me dit qu’il ne m’en voulait pas d’avoir coupé la corde, qu’il aurait fait la même chose à ma place. Ces paroles me furent d’un grand réconfort. Elles me permirent de tirer un trait sur cet épisode et de l’évacuer presque immédiatement de mes pensées. D’ailleurs toute cette histoire avait été vraiment bizarre : une sorte de conte fantastique qui finissait bien. Voir les autres articles 'Terra Nova' ![]() |
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