La Petite Collection

Morts naturelles

Simon Collins

Morts naturelles

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Un étranger doublement étrange se promène le fusil à l'épaule dans un texte envoûtant : une fin de chasse, la fin d'un chasseur aussi.

90 pages

10,00 €

ISBN : 2 911 755 78 2
Réf : PCMORNA

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Pourquoi battent les coeurs ? Et comment ils s'éteignent ? Qu'est-ce qu'un coeur de chamois, où est celui de l'homme ? À dix heures moins dix du matin, les questions sont réglées.



Côté chasseur, une bonne oreille est toujours bienvenue mais pas forcément cruciale. Ce qui est heureux pour certains, devenus sourd au fil des ans avec les détonations de la carabine. Si le chamois se déplaçait comme la plupart des mammifères terrestres, on les entendrait facilement. Mais souvent, le chamois ne court pas. Il vole. Il flotte silencieusement sur les terrains plats, mettant les pleins gaz pour des décollages ahurissants, direction les parois. Il a aussi un talent remarquable pour la dissimulation, même sur des sommets sans abris aucun. En fin de compte, et pour ce gibier bien particulier, l’œil du chasseur compte plus que son oreille.


Extrait :

-Il était bon.  
J’ai fait la bonne sélection… Le gros, bien visé, bien calé. Bien raté. Il parle avec dégoût.
-Blessé ??
-Non. Il serait tombé, nom de Dieu…
Il fait la moue, frustré, et il ouvre son fusil. C’est un mixte, une arme qui s’ouvre exactement comme un fusil de chasse. La cartouche vide saute dans la neige. Elle fume et il la regarde avec un certain mépris. Je ne sais pas quoi dire. Je n’aurais probablement pas essayé mais le vieux, lui, a un excellent fusil. Je jette un dernier regard à travers les branches et dégage la neige de mes chaussures.
-Ils peuvent toujours revenir, murmuré-je finalement. Ils ne savent pas où tu étais et normalement ils remontent, non ??
-C’est possible. Tu sais, il était bon… répète-il. Il ne reste pas grand chose à dire. Je vide ma carabine.
-J’ai faim, dis-je. Faut casser la croûte. Ça nous fera du bien.
Le vieux est d’accord. Je laisse glisser de mes épaules sac à dos et carabine. Je tasse un peu la neige pour les poser. J’observe qu’il est encore tôt et qu’en plus la neige va se ramollir avec le soleil. Bientôt on ne fera plus de bruit en marchant. Le vieux regarde le ciel. Il ne m’écoute pas, me semble-t-il. Ce tir raté résonne-t-il toujours ? Après quelques longues minutes, il sort un bout de pain de son sac et commence à manger. Et puis, il parle, un voyageur revenant de loin.
-Ils sont toujours autour d’ici, tu sais. Ils n’ont pas disparu.
Il est redevenu le doyen.
-Ils chercheront le soleil, eux aussi. Ils n’aiment pas le soleil fort, ils aiment celui de l’aube, comme là-haut. Eux aussi, ils sont gelés. Et ils nous ont pas vus. Enfin sûrement pas. On va attendre un peu, pour que ça se calme.

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